Clôture du festival international du film arabe d’Oran : le grand prix pour l’orchestre des aveugle

286

 
	Lakhdar Hamina applaudissant Mohamed Mouftakir

Le film marocain  : L’orchestre des aveugles, de Mohamed Mouftakir, a décroché, vendredi soir, à la grande salle du centre des Conventions Ahmed Ben Ahmed, le Wihr d’or, le grand prix du 8e Festival international du film arabe d’Oran. «Pour moi, c’est le couronnement de tout le cinéma arabe.

Nous avons vu ici de bons films qui nous autorisent à croire à un renouveau du cinéma arabe. La force de ce cinéma est qu’il arrive à rassembler plusieurs sociétés qui expriment la réalité du monde arabe avec une certaine esthétique et une dimension dramatique de qualité. Ce prix lui est destiné», a déclaré Mohamed Mouftakir à la fin de la cérémonie. «La compétition était rude. Mais, pour moi, l’art n’est pas compétitif, mais expressif.

L’art permet un certain échange de beautés et de sujets qui nous concernent. Ce prix est une responsabilité et un début. J’aurais aimé que mon père fût là pour partager le prix avec moi. Mon film lui est dédié. Avoir une distinction en Algérie est une double récompense pour moi», a-t-il ajouté. L’orchestre des aveugles est une comédie sociale qui raconte l’histoire du petit Mimou (Illyas Eljihani) qui vit parmi une famille entourée de voisins.

Des voisins qui ont la particularité de constituer une orchestre dont les musiciens passent pour des non-voyants pour animer des soirées de mariage en présence de femmes. Analphabète, le père de Mimou (Younes Megri) fait tout pour que son enfant réussisse à l’école. Les événements du film se passent dans les années 1970, à l’époque du roi Hassan II.

Le prix du Meilleur scénario est revenu au film égyptien Cairo Time du jeune cinéaste et scénariste Amir Ramses. Cairo Time se concentre sur les petites aventures de plusieurs personnages en une journée entre Alexandrie et Le Caire. Il s’agit de fetwas sur les scènes de mariage au cinéma, de perte de mémoire, de trafic de drogue, du rapport entre père et fils…Un condensé de récits marqué par un saisissant réalisme. Il est question à la fois de pression sociale et d’influence religieuse. «Ce prix a une grande valeur pour moi, surtout à Oran.

Ici, je garde le souvenir de mon ami, le jeune cinéaste Mohamed Ramadan qui est décédé. Mohamed Ramadan a obtenu une distinction à Oran. Sincèrement, je ne m’attendais pas à avoir ce prix», a déclaré Amir Ramses. Nour Chérif, qui a joué le rôle du père atteint de la maladie d’Alzeihmer dans Cairo Time, a obtenu le prix du Meilleur acteur.

Malade, Nour Chérif n’a pas pu faire le déplacement à Oran. «C’est un prix mérité. En tant que réalisateur du film, il m’a étonné par son jeu et sa capacité d’adaptation», a relevé Amir Ramses. L’actrice syrienne Sabah El Djazaïri a décroché le prix de la Meilleure actrice pour l’interprétation du rôle de la mère dans le long métrage Al oum de Bassel Al Khatib (voir El Watan Week-end).

Le jury, présidé par le critique libanais Brahim Al Arees, a étonné les présents à la cérémonie en accordant son prix au film de l’Algérien Yacine Mohamed Benelhadj, Rani Miyet (Je suis mort). «Nous avons voulu encourager le sens expérimental de ce réalisateur», a répondu le président du jury, sans grande conviction.

Yacine Mohamed Benelhadj a voulu s’illustrer en versant dans un procès en règle contre les critiques de cinéma algériens en abusant de la tribune qui lui a été offerte par le festival. Il a parlé de jeunes cinéastes algériens qui, selon lui, seraient très talenteux et qui «doivent passer par l’étranger» pour être «reconnus chez eux». Les critiques du cinéma doivent, d’après cet apprenti réalisateur, être au même niveau de talent que celui qu’il attribue généreusement à ses amis cinéastes.

Des propos qui ont provoqué la colère des journalistes présents dans la salle et qui ont mis dans la gêne les organisateurs. L’animateur de la soirée a été obligé de demander au nouveau donneur de leçons de terminer son discours fait en français pour éviter qu’il se couvre davantage de ridicule devant des invités étrangers. Il est évident que le jury d’Ibrahim Al Arees a manqué une marche, voire deux, en attribuant une distinction à Rani Miyet, un film qui n’a aucun mérite, ni aucune valeur esthétique ou dramatique.

C’est une prime à la médiocrité. Le même jury a curieusement ignoré des longs métrages de grande qualité cinématographique, comme Theeb, du Jordanien Naji Abu Nowar, ou 4h à l’heure du paradis, du Syrien Mohamed Abdulaziz. Le jury s’est contenté de donner une mention à From A to B de l’Emirati Ali Mostafa, divorcé de la Yéménite Khadidja Essalami et aux jeunes comédiens, notamment ceux des longs métrages L’orchestre des aveugles, Ana Noujoom, bintou al achira. And Romeo married Juliette, de la Tunisienne Hind Boujemaâ, a décroché le prix du Meilleur court métrage.

Passage à niveau, de l’Algérien Anis Djaâd, a obtenu le prix du jury, alors que Sang et eau, du Marocain Abdelilah Eljaouhary, a eu le prix d’encouragement. Un choix judicieux pour le jury qu’a présidé le réalisateur Mohamed Hazourli. Le Wihr d’or du Meilleur documentaire est revenu à Ana oua al aroussa, du Palestinien Khaled Souleiman Nassiry. Mohamed Lakhdar Hamina, président d’honneur de la 8e édition du Fiofa, a appelé à soutenir les jeunes cinéastes algériens. «Des jeunes qui ne savent pas à quelle porte frapper pour faire leurs films. Je leur dis : je suis là. Je vais les aider.

Depuis quelques années, le cinéma algérien est pauvre alors qu’on dépense beaucoup d’argent dans d’autres choses. Le cinéma algérien a pris son envol grâce à des cinéastes tels qu’Ahmed Rachedi et moi-même», a-t-il déclaré, en lançant un appel à Azzeddine Mihoubi, ministre de la Culture, présent dans la salle. A la fin de la cérémonie, l’actrice syrienne Soulaf Fawakhardji a demandé à ce que l’Algérie abrite le Festival du cinéma de Damas, à l’arrêt depuis cinq ans en raison de la guerre.